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"C'est maintenant ou jamais !" (L'Equipe - 06 oct 09)

Publié le 07 octobre 2009

Retrouvez l'interview exclusive de Jonah LOMU réalisée par le journal L'Equipe à AUCKLAND (New Zealand).
Retrouvez l'interview exclusive de Jonah LOMU réalisée par le journal L'Equipe à AUCKLAND (New Zealand).
Nous remercions le journal de l'Equipe qui nous a permis de mettre en ligne l'entretien exclusif de Jonah à Auckland. (Photo : Cameron Spencer/Getty Images/AFP/S.VIGUIER)

Jonah Lomu s'apprête à redevenir un joueur de rugby. En Fédérale 1, à Marseille Vitrolles. Nous avons suivi sa préparation.

Le 2 novembre, Jonah Lomu rejoindra ses nouveaux coéquipiers à Marseille. En Fédérale 1. Greffé d'un rein, l'ancienne mégastar des All Blacks rêvait de rejouer au rugby. Une première fois, en 2005, en Coupe d'Europe, sous les couleurs de Cardiff, après avoir été transplanté, l'année précédente. Quatre saisons plus tard, il compte effectuer son deuxième come-back. Nous sommes le 20 septembre 2009. Université de Wellington. Dans un vestiaire miteux de 6m². A l'intérieur, trois bodybuildeurs, dont Jonah Lomu et son mentor Joe Ulberg, six fois Mister New Zealand. Pas un mot. Juste le bruit saccadé de claques destinées à décontracter les muscles. Concentré mais détendu, l'ancien ailier phénomène des All Blacks défilera dans dix minutes sur la scène de l'amphithéâtre pour sa première compétition de bodybuilding. L'heure est à la pesée. "Big Jonah" monte sur la balance : 113 kilos au compteur. Soit 31 kilos de moins qu'en mars. "113 kilos! Comme en 1999", glisse-t-il fièrement. Lomu s'est transformé. "Venez voir à Auckland, vous comprendrez." Une semaine plus tard, nous l'avons donc retrouvé à l'Olympic Gym d'Auckland pour assister à l'un de ses sept entraînements hebdomadaires aux côtés de ses premiers supporters, sa compagne Nadene et leur petit Braylee, huit mois. C'est affalé par terre, les bras en croix et après quarante cinq minutes de travail physique qu'il nous accorde un entretien exclusif sur sa préparation.

- « Quand avez-vous décidé de vous mettre au bodybuilding ?
- En mars dernier. Mon ami Grant Kereama (1) faisait une compétition à Wellington. Je suis allé l’encourager. Cela m’a donné envie d’essayer. Je pesais 142 kg… Ce jour-là, je me suis senti vraiment plus lourd que d’habitude.
 
- Est-ce vrai que vous vous trouviez moche ?
- Non. Juste trop lourd.
 
- Aviez-vous en tête de rejouer au rugby ?
- Non. Pas du tout. L’idée de faire du bodybuilding n’avait rien à voir. Je voulais montrer qu’il y avait une vie après le rugby et, au-delà de cela, une vie après une greffe de rein.
 
- Quand est-ce que cette idée vous est revenue ?
- J’ai disputé un tournoi de beach rugby en juin dernier à Paris. J’étais comme un gamin quand j’ai retouché le ballon. J’avais perdu près de 20 kg avec mes entraînements de bodybuilding, et je me suis dit : « Tu as 34 ans, tu es en forme… c’est maintenant ou jamais ».
 
- Un président de top 14 a dit que vous aviez envoyé votre CV à tous les clubs pros français…
- C’est faux ! J’ai appelé Claude (Atcher) pour prendre un café. En 2007, nous avions déjà pas mal discuté de son projet à Marseille. Et il m’avait dit : « Si tu veux nous aider à construire notre projet… »
Je n’aurais pas repris n’importe où. Marseille a un projet qui m’a séduit, car, comme moi, ce club est face à un beau challenge.
 
- Ne craignez-vous pas de rater une deuxième fois votre « come-back » et d’écorner votre image de légende planétaire de ce jeu ?
- Je n’ai rien à prouver à qui que ce soit. Je fais ça pour moi et Braylee. J’ai envie de lui montrer qu’avec de la volonté, je peux encore être un bon joueur de rugby. J’ai envie qu’il voit son papa sur le terrain. Pas seulement dans un vieux bouquin de rugby.
 
- Comment avez-vous perdu 20 kg en seulement 4 mois ?
- Je me suis d’abord remis à courir. Trois footings de 45 minutes par semaine. J’avais pris du poids car je ne courais plus. Je ne faisais que soulever des barres. Et comme il suffit que je regarde un menu pour prendre 5 kg, j’ai suivi un régime draconien : blancs de poulet, poisson, riz, bananes… et protéines.
 
- Rien d’autre ? Pas de brûleurs de graisse, par exemple ?
- Non ! Je peux vous donner mon régime. Testez-le et vous verrez le résultat.
 
- Combien de fois vous entraînez-vous par semaine ?
- Je m’entraîne quasiment tous les jours. Sept séances en salle, trois footings de 45 minutes.
 
- Combien de temps avez-vous tenu ce rythme ?
- Je m’entraîne comme cela depuis mars. Et depuis juillet, j’ai rajouté deux ou trois exercices liés au rugby à chaque séance.
 
- Et combien soulevez-vous au développé couché ?
- Heu… (il regarde son coach). 190 ? 200 kg ? Ouais, 200 kg !
 
- 200 kg au max… c’est du niveau des mister New Zealand !
- (Jonah et Henry éclatent de rire) Non, je lève entre 8 et 10 fois 200 kg. Ouais, 10 « reps » (répétitions). Cela fait 240 kg ou plus.
 
- Et vos biceps ?
- 10 répétitions à 75 kg.
 
- Le bodybuilding n’est pas conseillé pour un ailier ?
-C’est faux mec ! J’ai gagné en vitesse et en puissance. Puis, c’est le sport le plus exigeant que j’ai jamais fait. Tu ne peux pas tricher. Si tu n’es pas bon, ce n’est pas la faute du coach ou de ton partenaire. J’ai vraiment appris ce que le mot rigueur signifiait.
 
- Vous êtes-vous testé sur 100 m ?
- Oui. Il y a de cela un mois et demi. J’ai fait 10’99.
 
- Sur piste ou sur herbe avec des crampons?
- Non, sur piste. Mais je pesais 120 kg.
 
- OK, mais cela ne remplace pas le contact…
- Le plus important pour moi était de revenir au top niveau physiquement. Comme je l’étais en 1995 et 1999. Je suis très près de ce niveau-là. Le contact, on verra le 2 novembre quand j’arriverai à Marseille. »
 
(1)     Grant Kereama est le donneur du rein de Lomu.
 
CHIFFRES CLES DE SA PREPARATION
  • Taille : 1 m 96
  • Poids : 113 kg
  • Développé couché : 265 kg. Jonah effectue 10 répétitions à 200 kg.
  • Squatt (90 degrés) : 530 kg. 10 répétitions à 400 kg
  • Biceps : 100 kg. 75 kg/bras. 10 répétitions à 75 kg
  • 100 mètres : 10’99 réalisé sur piste à Wellington en septembre
  • Masse graisseuse perdue : 15,5 %
  • 21,5 % de masse graisseuse en juin 2009
  • 6 % le 20 septembre 2009
  • 142 kg : le poids de Lomu en mai 2009. Il en pèse 113 kg aujourd’hui
  • 98 séances de musculation depuis le 13 juillet 2009.
 
SON REGIME :
 
6 repas/jour
Matin :
            Un café, deux œufs brouillés, une tranche de pain complet
Collation après entraînement :
            300 ml de protéines /une banane /200 g de blancs de poulet
Déjeuner :
            100 g de riz marron, 200 g de poisson, 100 g de brocolis
Collation après entraînement :
            300 ml de protéines / 2 œufs / une pêche /200 g de blancs de poulet
Dîner :
            100 g de riz marron, 200 g de poulet, 100 g de brocolis
 
LA MAGIE OPERE TOUJOURS... LES REACTIONS :
Le nouveau retour de Jonah Lomu sur les terrains ne laisse pas indifférent en Nouvelle-Zélande.
 
Dan Carter : « Je suis super content pour lui. Jonah est une telle icône pour notre sport. Son retour est un exemple. Mais, je crains malheureusement pour lui. Pour avoir discuté avec Anton Oliver et Andrew Merthens avant de signer à l’USAP, ils m’ont dit qu’en Pro D2, les super-stars avaient des « cibles ». Que le rugby était « dirty ». Alors là, en fédérale 1, je crains que cela soit pire. Mais, en tous les cas, la motivation de Jonah pour revenir en forme est un exemple pour nous tous ».
 
Richie Mc Caw (surpris) : « Vous me l’apprenez ! Je l’ai vu en photo ce matin dans le Dominiom, c’est impressionnant. Il a dû travailler comme une bête ! Il va rejouer où ? Marseille ? Je ne connais pas le niveau (fédérale 1), mais j’imagine qu’à ce niveau, Lomu peut encore faire mal. En tous les cas, je suis très heureux de le voir de retour sur les terrains. Je ne sais pas s’il va jouer la Coupe du monde en 2011, mais, en tous les cas, je le lui souhaite. Au-delà du rugby, c’est une belle leçon de vie ».
 
Grant Fox : « Jonah ne sera jamais l’extra-terrestre de 1995 et 1999. C’est une certitude. Le rugby a pris une telle dimension physique que même son gabarit et sa puissance naturelles n’auront plus le même impact. En revanche, je crois Jonah capable de tout. Vous me dites en plaisantant « la Coupe du monde 2011 » ? Lorsqu’il a été transplanté, on lui a dit qu’au mieux il pourrait remarcher et qu’au pire, il se retrouverait sur un fauteuil roulant. Or, depuis il a rejoué au rugby, recourt et réalise des performances en musculation absolument incroyables. Ce mec n’a pas de limites. Avec lui, rien n’est impossible. »
 
Eric Rush : « Jonah ne sera plus le Lomu avec qui j’ai eu la chance de jouer. Un « surhomme ». Je me souviens d’un entraînement en 1995 où l’on travaillait la percution. Personne ne voulait prendre les boudins. Il avait fait voler tous les avants. Zinzan Brooke, Josk Kronfelf, Alan Johns. Jonah a une puissance athlétique naturelle qui, couplé à sa passion pour les barres de fonte, en font un « bulldozer ». Pour l’avoir vu s’entraîner dernièrement, je peux vous dire qu’il doit encore faire très mal. Le seul souci pour lui, c’est qu’après 30 ans, votre corps n’absorbe plus les chocs et les contacts de la même manière. Je dirais que s’il ne se blesse pas, Lomu peut encore vous surprendre ».
 
                                                                                                  Sébastien VIGUIER